Réponse N°3 au journal Le Monde OUI, la France est une terre « privilégiée » d’accueil de l’immigration

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Elle est une des premières destinations d’immigration au monde, les immigrés et leurs descendants y sont plus nombreux que dans la plupart des autres pays européens. Ces immigrés sont plus massivement extra-européens qu’ailleurs en Europe et plus « assistés », leur immigration étant essentiellement de peuplement…

Pourtant, le journal « Le Monde » entend combattre ce troisième « cliché » selon lequel : « la France accueille plus d’immigrés qu’ailleurs dans l’Union Européenne1 ». Sauf que pour pour démontrer l’inanité de cette idée « reçue », le journal le Monde se contente d’examiner des flux d’immigration récents, négligeant la présence immigrée totale et les caractères qualitatifs de l’immigration (origine, motifs, droits).

I – Les flux récents d’immigration comme seul critère valide ?

A – Les procédés de l’intox

Les décodeurs écrivent :

« Troisième cliché : la France serait une terre d’accueil privilégiée des migrants. Là encore, c’est faux. On le voit sur ce premier graphique : d’autres pays de taille comparable, de l’Allemagne au Royaume-Uni en passant par l’Italie, connaissent plus d’immigration que la France. »

A1 – Une logique défaillante

Observons d’abord le subtil déplacement du cliché à combattre (technique déjà repérée2) : de « La France serait une terre d’accueil privilégiée des migrants » à « La France accueille plus d’immigrés qu’ailleurs dans l’union européenne ». Au passage, on laisse de côté une comparaison mondiale pour se concentrer sur une comparaison européenne. Or l’Europe est la région dans le monde qui accueille la plus forte d’immigration3 : il sera plus aisé de relativiser le phénomène en ne se comparant qu’à d’autres pays européens.

En réalité l’argument est en soi peu convainquant : ce n’est pas parce que l’Allemagne, la Grande Bretagne, l’Italie ou l’Espagne accueilleraient plus d’immigrés, que la France n’estpas une destination privilégiée de l’immigration dans le monde4.

La conclusion triomphale du journaliste « Là encore, c’est faux » fait l’économie de la rigueur du raisonnement. D’ailleurs ce relatif « moindre accueil » que nos partenaires européens est il avéré ? De quoi parlons nous exactement ? Le journal Le Monde procède par touches choisies mais ne donne qu’une vision partielle, orientée de la réalité, amputant l’analyse des critères pertinents.

A2 – Des critères d’analyse très partiels et insuffisants

Pour mesurer si un pays est « une terre privilégiée d’accueil des migrants », plusieurs critères doivent être utilisés et combinés. N’en observer qu’un seul conduit à fausser l’analyse.

En effet, il faut tenir compte :

  • des « flux » : les entrées d’immigrés chaque année (sur les années récentes, mais aussi sur les 10, 20, 30 ou 40 dernières années).

  • des « stocks » c’est à dire le nombre total d’étrangers, d’immigrés et de descendants d’immigrés présents sur le sol du pays d’accueil.

  • des caractéristiques de ces immigrés : de leur éloignement plus ou moins important par rapport à la population d’accueil (pays d’origine, religion…)

  • des motifs de leur venue (travail, regroupement familial, asile c’est à dire « immigration qui rapporte » ou qui coûte5…)

  • des droits qui leurs sont accordés (immigration permanente ou provisoire, droit du sol permettant de naturaliser les enfants d’immigrés ou droit du sang, droits sociaux accordés ou pas aux immigrés)…

Pour sa part, le journal Le Monde n’évoque que des flux récents pour appréhender l’immigration

  • oubliant les flux antérieurs à 2006

  • oubliant les stocks : le total de la présence immigrée et de ses descendants

  • faisant l’impasse sur les pays d’origine des immigrés et les motifs de l’immigration

Une vision ainsi très partielle, qui ne peut qu’être erronée pour apprécier si oui ou non la France est une destination privilégiée de l’immigration en Europe et dans le monde.

B – La France « privilégiée » pour la présence immigrée extra européenne et assistée.

Certes, les flux d’immigration récents (2006-2012) sont moins importants vers la France que vers l’Allemagne, la GB, l’Espagne ou l’Italie.

Mais si l’on examine les critères de la présence immigrée, de l’origine des immigrés et des motifs de leur arrivée, la France occupe une bien « meilleure » place.

B1 -Présence immigrée6 : la France devant l’Italie et l’Espagne

Si l’on raisonne en termes de stocks (et non en flux sur les années récentes), la présence d’origine immigrée en France est plus importante qu’en Italie ou Espagne.

L’histogramme des flux, tiré d’Eurostat, produit par les « décodeurs » du journal Le Monde place la France après l’Espagne et l’Italie pour les entrées annuelles (2006-2012) d’immigrés sur son sol, mais le nombre d’immigrés présents sur le sol français est supérieur à ceux de l’Italie ou de l’Espagne (en termes de « stock »).

En effet, l’ONU7 donne les chiffres suivants pour l’année 2013 :

  • 9,8 millions en Allemagne8

  • 7,8 millions en GB

  • 7,4 millions en 2013 en France (sur une génération : immigrés de toutes origines, sans tenir compte des générations 2, 3 et 4. Parmi ces 7,4 millions d’immigrés, 4,4 millions9 sont d’origine extra européenne)

  • 6,5 millions en Espagne

  • 5,7 millions en Italie

Si l’Espagne et l’Italie connaissent « plus d’immigration » (en termes de flux annuels entre 2006 et 2012) que la France, les Français connaissent, eux, plus d’immigrés que les Italiens et les Espagnols, puisque davantage sont présents sur leur sol.

B2 – Origine des immigrés : la France devant l’Allemagne pour la présence immigrée d’origine extra européenne et ses descendants :

Si l’on examine dans la comparaison avec l’Allemagne non les immigrés en général mais uniquement les immigrés extra européens, et que l’on tient compte de leurs descendants, la France passe largement devant l’Allemagne.

Ainsi le nombre d’immigrés et descendants d’immigrés extra européens au sens large est de 6,8 millions10 en 2012 en Allemagne, à comparer aux 8,2 millions11 en France.

Il faut observer en outre, que les chiffres Allemands tiennent compte de l’ensemble des descendants d’immigrés12, alors que les chiffres français n’en tiennent compte que sur les deux premières générations13.

En outre en Allemagne le motif de l’immigration extra européenne est majoritairement le travail, ce qui est une motivation très minoritaire en France.

B3 – Motif de l’immigration : la France devant l’Allemagne pour l’immigration assistée

Moins de 10% des immigrés extra-européens en France viennent pour des motifs de travail14. En Allemagne ils sont 60 %15 (10% pour motif familial) : une position symétriquement inverse de celle de la France.

L’immigration en France est une immigration majoritairement familiale et humanitaire, c’est à dire de peuplement.

A cet égard les « décodeurs » du journal Le Monde indiquent qu’une particularité de la France tient à ce qu’il y a plus de descendants d’immigrés que d’immigrés : une manière implicite de reconnaître l’immigration de peuplement.

Conclusion : La France est donc non seulement une destination privilégiée dans le monde pour l’immigration en général, mais elle est en outre au sein de l’Europe (elle-même 1ère destination mondiale) une destinationprivilégiée pour l’immigration extra européenne et pour l’immigration assistée – (qu’elle soit « familiale » ou humanitaire – c’est à dire de peuplement -).

NB : nous évoquerons la comparaison avec la GB dans une prochaine analyse. Observons simplement que l’immigration y a pris une telle ampleur, notamment sous les gouvernements de gauche (travaillistes) que le parti UKIP – hostile à l’immigration est arrivé en tête des élections européennes de mai 2014. Ce « séisme » a poussé l’ensemble des partis britanniques a prendre des positions défavorables à l’immigration, y compris le parti travailliste en vue des élections législatives de 2015.

Rédigé en septembre 2014

ANNEXE – IMMIGRATION EXTRA EUROPEENNE AU SENS LARGE

ALLEMAGNE : 6,8 millions

Détail du calcul :

16,3 millions d’immigrés et descendants en 201216

dont :

  • immigrés : 10,917 millions

    • dont :

      • – UE 27 : 3,7 millions

        • soit 7,2 millions immigrés hors UE

      • – autre Europe18 : 2,5 millions

      • – Europe au sens large : 6,2 millions

        • soit 4,7 millions d’immigrés hors Europe au sens large

  • descendants d’immigrés : 5,4 millions

    • dont :

      • – UE 27 : 1,5 million

        • soit 3, 9 millions de descendants d’immigrés hors UE

        • – autre Europe19 : 0,9 millions

        • – Europe au sens large : 2,4 millions

          • soit 3 millions de descendants d’immigrés hors Europe au sens large

Autrement dit :

  • 10,9 millions d’immigrés dont 4,7 M d’origine extérieure à l’Europe au sens large.

  • 5,4 millions de descendants d’immigrés dont 3 M d’origine extérieure à l’Europe au sens large.

Soit au total 7,7 millions d’immigrés et descendants d’origine extérieure à l’Europe au sens large (dont 0,9 millions20 de descendants d’Allemands).

On peut donc ramener à 6,8 millions le nombre d’immigrés et descendants hors Europe au sens large en Allemagne en 201221

1Article paru le 6 août 2014 dans la rubrique « Les décodeurs » du journal Le Monde, sous la plume de Samuel LAURENT

2Procédé de dénaturation de la position adverse, Réponse n°1 au journal le Monde, oui, il y a une explosion de l’immigration extra européenne en France

3L’Europe est la 1ère destination au monde pour l’immigration : 72 millions d’immigrés présents en Europe en 2013, devant l’Asie et surtout devant l’Amérique du Nord : 53 millions, selon l’ONU (Histogramme International Migrant Stock by major Area)

4La France se situe au 7ème rang mondial des destinations privilégiées pour l’immigration : 7 millions d’immigrés présents en 2013 en France selon l’ONU (Histogramme « Countries with the largest numbers of international migrants »). Elle aurait même un bien meilleur classement en affinant l’analyse, car l’Arabie Saoudite et les Emirats Arabes Unis classés devant elle n’octroient presque aucun droit aux immigrés qui ne sont présent que provisoirement, uniquement pour motif de travail. La France mériterait amplement à cet égard la 5è au lieu de la 7ème place du classement mondial des destinations privilégiées « pour l’immigration ».

5Le coût net annuel de l’immigration en France pour les études les plus rigoureuses est de l’ordre de 50 à 80 milliards d’euros par an. On peut se reporter à notre étude comparative des évaluations du coût de l’immigration, avec son tableau de synthèse,

6En termes de « stocks » : c’est à dire le nombre total d’immigrés présents dans le pays d’accueil

7ONU, 2013 : nombre d’immigrés présents par pays dans le monde en milliers « International migrants »

8Il s’agit d’immigrés hors descendants

9Selon G. PINCE : 4 millions d’immigrés extra européens en 2011, chiffre que l’on peut actualiser à 4,4 millions en 2013, en tenant compte des nouveaux arrivants : 200.000 par an sur deux ans. G. PINCE comptabilise également 4,1 millions de descendants d’immigrés en 2011 (« deuxième génération »)

10Cf. calcul en annexe

11G. PINCE évalue à 8,1 millions d’immigrés et descendants extra européens (UE 27) en France en 2011 : 4 millions d’immigrés + 4,1 millions de descendants. En tenant excluant de ces chiffres les membres des autres pays européens, on obtient 7,9 millions. En actualisant ces données pour 2012, il faut ajouter 200.000 entrées et plus de 160.000 naissances (21% des naissances) : soit 8,2 millions en 2012. Cf. G. PINCE « Les Français ruinés par l’immigration », p14 à 18, chiffres évalués à partir des données de l’INSEE pour l’année 2008.

12C’est à dire sur plusieurs générations

13Ainsi le chiffre de 8,2 M pour la France serait-il supérieur si la même définition était utilisée que celle prise pour le calcul du chiffre allemand de 6,8 M.

14Moins de 10% de motif « économique » (c’est à dire de travail) pour l’octroi des titres de séjour, selon le ministère de l’intérieur , cf. L’admission au séjour par motif, publication du ministère de l’intérieur – 10 avril 2014

15409 milles entrées régulières extra européennes 2011 en Allemagne : 246 milles pour motif de travail, cf. rapport 2012 du ministère de l’intérieur allemand (Migrationsbericht 2012, Bundesministrerium des Innern, p40)

16Source : Ministère de l’intérieur allemand (Migrationsbericht 2012), p136-138

17Ibid.

18Y compris Russie, Ukraine, hors Turquie

19Y compris Russie, Ukraine, hors Turquie

20Les « Spät-Aussiedler » qui sont des descendants d’Allemands, revenus progressivement en Allemagne après la chute du mur de Berlin. Plus de 3 millions au total, dont 0;9 étaient établis en dehors de l’Europe au sens large. Leur situation est évidemment particulière et ne pose pas les mêmes difficultés d’intégration que les autres immigrés extra européens.

21Ces chiffres prennent en compte les descendants d’immigrés (y compris générations 3 et 4)

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